Un stage fantomatique - Slide
- kapcontes
- 27 nov. 2025
- 6 min de lecture
La bibliothèque de la faculté FIAL était hantée et plus personne ne savait quoi faire. Entre l’ascenseur vide qui passait sans arrêt d’un étage à un autre, les livres qui tombaient au sol sans explication et les murmures qui se faisaient entendre dans les toilettes du 3ème étage, l’affaire avait carrément été remontée jusqu’à la rectrice de l’UCL. En effet, toutes ces histoires avaient fait fuir des doctorants un peu trop superstitieux, et bon, tout ça faisait pas très bonne image pour l’université.
Seul problème, la rectrice n’avait pas que ça à faire, encore moins en pleine rentrée. Alors, comme toute personne responsable, elle a mis en charge la personne la plus adaptée pour gérer une crise de grande ampleur : sa stagiaire. Elle s’appelait Laura, ça faisait un an qu’elle avait terminé ses études mais le marché de l’emploi c’était la galère. Sa mère connaissait la rectrice, donc elle avait pu dénicher un petit stage. Non rémunéré bien sûr, mais histoire de booster son CV. La vérité c’est qu’elle s’occupait de paperasse et de passer les commandes Uber Eats pour l’équipe, mais bon, sur LinkedIn personne ne le saura. Ça faisait depuis juillet qu’elle bossait pour la rectrice et jusqu’ici, c’était super chill. Elle passait ses journées sur Cémentix, Pédentix, Wordle, crazy games, et poki.com, et de temps en temps elle passait sur sa boite mail.
C’est donc toute sa routine qui a été chamboulée quand elle a reçu le mail qui portait pour objet « Fantôme FIAL - cornichons ».
Ce mail était très court, mais très clair.
« Bonjour Laura, veux-tu bien t’occuper de cette histoire de bibli FIAL hantée STP ? Aussi, cette fois, essaye de pas oublier que je prends mon sandwich sans cornichons. Cordialement, Françoise ».
Laura ne savait même pas ce qui l’énervait le plus. Devoir faire fuir un fantôme ou le fait que Françoise ne lui avait jamais fait part de son dédain pour les cornichons apparemment si grand. Quoi qu’il en était, elle avait pas tellement le choix et devait exécuter les deux.
C’est alors qu’elle se mis à réfléchir à comment gérer cette crise paranormale. Mais ceci la travaillait, après tout, ça sortait de son champ de compétences. En remarquant sa détresse, la dame assise en face d’elle sur son trajet de retour lui demanda si elle allait. En vrai Laura avait la flemme d’expliquer que ce qui la tracassait autant c’était la tâche qu’on lui avait confiée, à savoir, exorciser tout un bâtiment.
Le soir, en scrollant sur Facebook elle a eu une illumination. Que fait une néo-louvaniste lorsqu’elle a un problème aussi random que celui-ci ? Elle se tourne vers louvain-la-meuf. Aaah… Louvain-la-meuf... ce groupe facebook pour étudiantes sur lequel vous pouvez trouver des idées de recettes, demander un avis sur votre dispute de couple de la veille, ou encore mettre en vente un sommier état comme neuf, taille 140x200 à venir chercher dans le quartier des bruyères.
« Hello les filles, par hasard vous avez des tips sur comment parler avec un fantôme, ou bien comment s’en débarrasser ? Merciii »
Grâce à plusieurs commentaires, Laura a appris qu’elle avait affaire un à type de fantôme bien spécifique. Il serait coincé sur place car il aurait un problème non résolu qui le rattacherait à un endroit physique. Quand même, être coincé en bibli même après sa mort ça pue du cul. Une membre du groupe lui avait détaillé un rituel qui devrait lui permettre de discuter avec un esprit grâce à un téléphone.
Donc le lendemain soir une fois qu’elle avait noté les étapes du rituel, elle se faufila dans les couloirs de la bibli jusqu’à la grande salle de réunion du dernier étage. Elle n’était pas sûre que ça fonctionnerait, mais ça valait la peine d’essayer. Dans tous les cas ça lui ferait quelque chose de plus à écrire dans son rapport de stage. À cette heure-ci, plus personne n’y était, il faisait entièrement noir, sauf quand évidemment le fantôme en décidait autrement, et pas un seul bruit ne se faisait entendre.
Première étape, poser le téléphone devant soi. Ensuite, appeler le 909, et au bout de la troisième sonnerie raccrocher. Recomposer le 909 et cette fois-ci rester en ligne jusqu’à entendre un grésillement. Jusque-là, Laura s’en sortait. Il ne lui restait plus qu’à répéter à voix haute « Esprit, esprit, es-tu là ? Si tu es là, manifeste-toi. » Elle n’avait presque pas entendu, mais une toute petite voix qui paraissait lointaine lui répondit depuis son téléphone « Heu, ouais, allô ? ».
Elle n’en croyait pas ses oreilles, elle pensait qu’un fantôme ça devrait parler d’un ton grave et flippant. Il avait l’air soulé, comme si interrompu dans une tâche. Mais lorsque Laura a expliqué qu’elle était là pour l’aider à quitter les lieux, sa voix s’adoucit. « C’est vrai que j’ai besoin d’aide à avec un truc pour m’en aller pour de bon ». C’est ainsi qu’elle appris que le fantôme, Fantos, était coincé dans le monde des vivants car il ne trouvait plus un objet de la plus haute importance, sa carte d’accès UCL. Il hantait les lieux à la recherche de celle-ci, car impossible de sortir sans. Malgré ses tentatives de communication avec les dames à l’accueil, personne ne semblait comprendre.
Laura, elle, ne pouvait que compatir. Une fois elle avait perdu sa carte d’accès pendant une séance d’écriture mémoire en BSPO et elle avait du payer 5euros pour pouvoir sortir. Bon, au final sa carte était juste dans la poche arrière de son jeans, elle l’a découvert après qu’elle soit passée au lave-linge. Enfin bref, il s’agissait donc de trouver la carte de Fantos.
En journée, elle est retournée à la bibli pour vérifier au service des objets trouvés. Si quelqu’un avait retrouvé la carte de Fantos, en toute logique elle devrait y être. Imaginez donc sa surprise, quand Laura a appris que le concierge était parti en vacances ! Le seul détenteur des clés de la boite des objets trouvés n’était pas là. Visiblement, cette mission allait peut-être lui prendre un peu plus de temps.
Il fallait qu’elle discute avec Fantos alors elle a sorti son téléphone, composé le 909, elle a raccroché à la troisième sonnerie, enfin, maintenant vous savez comment ça fonctionne. « Allo Fantos, dis on a un problème. Je pensais que ta carte serait aux objets trouvés mais le concierge ne rentre pas avant la semaine prochaine. Donc je pense qu’on va devoir réfléchir à une autre solution. »
Fantos n’avait vraiment pas l’air content de l’apprendre et s’en est bien exprimé. Il avait l’impression qu’il ne pourrait jamais s’en sortir et qu’il serait coincé en bibli devant son TFE pour toute l’éternité !
« Attends qu’est-ce que tu viens de me dire ? T’as toujours pas finit ton TFE ? … Non non pas dans ce sens-là, chacun son rythme, mais ce serait pas ça ton problème non résolu ? Finir ton TFE pour passer de l’autre côté ?» Comme quoi les deadline même quand on est morts ça soule toujours.
Laura avait décidé d’aider Fantos à accomplir cette tâche. Les quatre soirs suivant elle trouvait les livres que Fantos lui demandait de chercher, et lui tenait compagnie pendant qu’il s’attaquait à la rédaction. Le dernier soir, après de longues heures, Laura somnolait devant son écran qui affichait 909. Elle a été réveillée par son nouvel ami « Laura, c’est bon j’ai terminé je vais le remettre sur Moodle ». Elle ne s’y attendait pas mais cette phrase lui a pincé le cœur, après tout elle s’était attachée à ce fantôme. Mais elle ne voulait pas le garder ici plus longtemps que nécessaire.
« Aurevoir Laura, merci pour ton aide. J’espère qu’on se reverra dans de nombreuses années, et d’ici là, sache que si la lumière clignote en bibliothèque ce sera ton ami Fantos qui te passe le bonjour. »
La ligne téléphonique fut interrompue par un long silence, les grésillements avaient repris mais plus personne ne répondait à Laura.
Un conte de Slide.
Note de l'auteur
Ce conte est inspiré de ma propre expérience de stage...fantomatique. Oui, oui, vous voyez ce stage où vous terminez toutes vos tâches en une heure alors que la deadline est pour dans une semaine. Celui où vous planifier vos pauses pipi aux toilettes situées à l'autre bout du bâtiment pour vous balader plus longtemps. Celui où chaque minute qui passe dure plus que 60 secondes, si c'est possible je vous le jure !!
Bref, j'aurais fait n'importe quoi pour m'occuper pendant ce stage, même chasser le fantôme qui hante la bibli Fial. Si vous ne me croyez pas sur l'existence de Fantos, c'est que vous n'avez pas passé assez de temps en bibli, aller hop au boulot sinon vos deadlines vous hanteront même après la mort !


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