Son RegArt - Slide
- kapcontes
- 5 févr.
- 4 min de lecture
Je dépose mon sac à dos et ma veste dans un des casier prévu à cet effet, je prends note de son numéro. Ça me facilitera la tâche quand je partirai tout à l’heure. Je me dirige vers les barrières, scanne mon billet d’entrée et ouvre mon plan pour savoir où aller. Quand j’étais petite, j’aimais pas vraiment les musées, je trouvais ça ennuyeux, mais avec le temps, j’y ai pris goût. J’y découvre toujours des nouvelles choses, et j’ai beaucoup de conversations intéressantes.
Aujourd’hui, j’ai décidé d’aller au musée national d’art. Je l’ai choisi pour les œuvres d’un certain Romano. Ce peintre dont j’avais du étudier le style pendant mes cours d’histoire de l’art. Mais encore aujourd’hui j’ai des questions, c’est un des rares peintres dont je n’arrive pas à percer les mystères. Alors quoi de mieux que de m’y adresser ?
Je me dirige vers sa salle d’exposition. En chemin, je passe par l’étage des sculptures. Je salue la femme gracieusement allongée sur son côté, je souris à cet homme muni d’un arc à flèche, et m’attendris devant ces deux amoureux se tenant dans les bras.
J’arrive à l’étage de Romano. Avant d’entrer dans la salle je prends un moment. Que vais-je découvrir ?
Les œuvres cachent toujours plus de secret que ce que l’on pense. Parfois ce sont de belles histoires, mais d’autres, sont teintées de la douleur de certaines épreuves de vie, ou bien sont la preuve que l’humain peut être mauvais. Quand on fait ce que je fais, la première chose que l’on nous enseigne est de ne jamais partir du principe que l’on connait l’histoire derrière une œuvre. Ce beau paysage ? Ce n’est pas ce que voyais l’artiste depuis sa chambre d’enfance. C’est là où un être chère a été enterré. Le meilleur ami qu’il a peint dans une scène de campagne ? C’est en réalité son amant, pour qui il ne peut exprimer son amour qu’en dehors de la ville.
Alors, je franchis l’entrée et comme à mon habitude, je me mets en concentration maximale. D’un coup, je n’entends plus le brouhaha autour de moi. Je ne remarque plus le va et vient des visiteurs. Je suis seule avec les œuvres et pourtant la pièce est pleine. Je marche en suivant le sens prévu de la visite et je scrute chaque tableau. Mais je l’attends. J’attends cet appel, cette illumination. Que vais-je découvrir ?
C’est la femme de l’autre côté de la salle que j’entends, sans qu’elle ne dise un seul mot. C’est son regard que j’ai senti se poser sur moi, sans qu’elle ne tourne la tête. Je m’approche d’elle, perplexe. Que va-t-elle me dire ?
Elle est devant moi, vêtue d’une longue robe bleue, de chaussures noires, et d’un ruban assorti dans ses cheveux. Mais ce qui me frappe, ce sont ses yeux. Je lève la tête et lui dit simplement bonjour. Je remarque le rose sur ses lèvres, chaque cil délicatement peint, et les légers traits verts dans sa teinte. Je suis fascinée par la façon dont les peintres arrivent à illustrer la peau. Si on fait attention, on remarque que toutes les couleurs y sont présentes. Du mauve pour les ombres, du jaune pour les points de lumières, du vert pour contrebalancer les tons chauds.
Ses mèches lui caressent les joues, et sa main est posée sur sa hanche gauche. Sa bague brille. Mais c’est son regard. C’est son regard que je ne comprends pas. Et c’est son regard qui m’appelle. Il me transperce, et m’arrête dans mes pensées. Que va-t-elle me dire ?
Il est difficile à déchiffrer. Il est lourd et léger à la fois. Il est ici et ailleurs. Il me parle et m’ignore. Mais derrière le voile d’un regard amoureux se cache quelque chose d’étrange. Il est profondément triste. Il est emprisonné. Que veut-elle me dire ?
Sur l’écriteau il est inscrit « épouse de Romano, 1867 ». C’est sa muse. Mais moi, je vois plus que ça. Je vois une femme, perdue, triste et isolée. Une femme incomprise et à la recherche de sens. Pourquoi peindre sa femme sous ce jour ? Toutes les autres œuvres de Romano sont marquées par la couleur mais celle-ci est terne. Que veut-elle me dire ?
Je m’assois sur le banc devant. Et je la laisse me parler. Habituellement l’arrière-plan est un ciel bleu, mais celui-ci est gris et orageux. La tempête approche, mais la femme ne bouge pas. Elle n’est pas pressée de rentrer s’abriter. Peut-être est-elle habitué à la tempête. Je remarque la flaque bleue à ses pieds, seulement il ne pleut pas. La pluie a-t-elle cessée ou bien est-ce que… Son regard. Qu’est-elle en train de me dire ?
D’un coup, je comprends. Ses yeux n’ont pas de couleur. Ils ne sont ni bleus, ni verts, ni marrons. Ils sont peints et sont là, mais sans couleur. Comment est-ce possible ? Ils sont peints sans couleur, mais avec émotion. Une émotion triste et défaite. Personne ne la comprends et personne ne la croit. Elle se sent dérobée. Dérobée de son art. Qu’est-elle en train de me dire ?
Je suis pleine de questions. Mais toutes, me ramènent à ce regard. Il y a une erreur. Une erreur tellement importante et grave. Cette femme n’est pas la muse de Romano. Ce n’est pas sa femme que je vois à travers le regard de Romano. Non, c’est autre chose. Les émotions que je vois, en sont des intimes. Des choses que l’on pense mais que l’on ne dit à personne. La tristesse que l’on garde pour soit, et la colère que nous n’exprimerons pas. Devant moi, une femme, obligée à se taire mais qui pourtant, possède un regarde furieux. Furieux, mais silencieux. Elle ne peut pas s’exprimer, mais j’ai compris.
Elle est dérobée de son art, et personne ne le sait. Mais moi, si. Personne ne la comprends. Mais moi, si. J’ai tout compris. Cette femme, n’est la muse de personne d’autre qu’elle-même.
Un conte de Slide.


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