Le vendeur de rêves - Chihiro
- kapcontes
- 20 déc. 2025
- 5 min de lecture
Notre histoire commence en 1810 avec Jiro, un jeune homme de 18 ans qui, depuis sa plus tendre enfance, rêvait de pouvoir voler et d’explorer les nuages. La tête toujours dans les airs, il chercha à de multiples reprises des solutions pour réaliser son rêve. Il tenta d’abord d’imiter les oiseaux et se fabriqua des ailes en se collant des plumes sur le corps. Hélas, elles n’étaient pas assez solides et finissaient toujours par se décoller. Il créa alors une machine qui lui permettrait de voler. Mais elle était bien trop lourde pour décoller.
Chacune de ses tentatives se soldaient par un échec, et plus le temps passait, plus il désespérait de pouvoir voler…
Mais un jour, alors qu’il allait se désaltérer à l’auberge du village, il vit un vieil homme entrer. Il ne l’avait encore jamais vu et, surtout, il était remarquablement bien habillé dans un costard trois pièces. Il était accompagné d’un nombre incalculable de domestiques. Cet homme s’installa à une table pendant que ses serviteurs montaient ses bagages à l’étage. Quelqu’un lui demanda alors qui il était et d’où il venait.
Le vieil homme se contenta de raconter une histoire : celle d’un homme qu’on appelait le « vendeur de rêves » et qui, pour les plus chanceux croisant sa route, réalisait leurs souhaits le plus cher. Il prétendit l’avoir rencontré lui-même, et que son plus grand désir, celui de devenir riche, s’était accompli. Il était désormais si fortuné qu’il pouvait vivre dans le luxe sur plusieurs générations.
Intrigué par ce récit, Jiro demanda à l’homme où il avait rencontré ce vendeur de rêves et ce qu’il avait dû donner en échange. L’homme lui répondit qu’on pouvait le trouver dans un petit village sur une île fantastique et paradisiaque, la plus belle qu’il eût jamais vue. Cependant, il ne ne parla pas des conditions d’échanges, il se contenta simplement d’expliquer que l’endroit n’était pas facile à trouver, mais, heureusement, il avait dessiné une carte pour s’y rendre. Son rêve accompli, il n’en avait plus besoin et proposa de la donner à Jiro. Il tendit alors une vieille carte usée, menant à cette île. Il lui expliqua comment l’atteindre et lui donna l’adresse d’un pêcheur qui accepterait de l’y emmener. Il suffirait à Jiro de dire qu’il venait de la part d’Albert pour que celui-ci accepte.
Sans plus attendre, le jeune homme partit à la recherche de l’île. Il marcha pendant des jours et des jours, traversant montagnes et forêts, jusqu’à atteindre le port dont l’homme de l’auberge lui avait parlé.
Il trouva enfin le pêcheur. Petit et trapu, celui-ci portait des souliers en cuir ciré.
— « Étrange pour un pêcheur » pensa Jiro.
À ses côtés reposait un navire gigantesque, bien plus grand que tout ce que Jiro avait pu imaginer, avec au moins cinq étages. Jiro s’approcha et lui demanda s’il pouvait l’emmener vers l’île où se trouvait le vendeur de rêve, tout en précisant qu’il venait de la part d’Albert. Le pêcheur lui adressa alors un sourire étrange et l’invita à monter à bord.
L’intérieur du navire était encore plus impressionnant : les voiles, d’un blanc éclatant, semblaient avoir été tissées dans une soie légère. Une fois à bord, le pêcheur leva une lourde ancre d’or massif, et le bateau se mit en route.
Étrangement, il n’y avait personne d’autre à bord. Aucun marin, aucun mousse. Jiro se demanda comment un navire d’une telle taille pouvait avancer sans équipage.
Jiro aperçut bientôt l’île, magnifique comme décrite : des cascades coulaient de ses falaises, des palmiers et des arbres bordaient la plage, et, au milieu de ce petit paradis, se trouvait un village aux maisons de bois et de paille.
Mais il n’y avait personne. Ils eurent beau chercher, seul Jiro et le pêcheur étaient présents. Après cette longue journée de recherches, il finit par s’endormir. Cependant, il fut réveillé en pleine nuit par un fond musical. Il suivit le son jusqu’à un petit cabanon illuminé par des lucioles clignotantes, sur lequel était inscrit « El Casa ». Jiro poussa la porte et vit un vieil homme danser. Celui-ci le salua :
— « Hey man, comment ça va ?! Tu veux venir faire la fête avec moi ? »
— « Non merci, répondit Jiro, je cherche le vendeur de rêves. Savez-vous où il est ? »
— « Qui ça ? Il n’y a pas de vendeur ici. Je suis le seul habitant de l’île. Mais viens donc faire la fête avec moi, ça me fait plaisir d’avoir de la compagnie ! »
Désemparé, Jiro finit par accepter et passa la nuit à faire la fête avec lui.
Le lendemain fut rude : il se réveilla avec une terrible gueule de bois. Il regarda autour de lui, mais plus personne n’était là. Le vieillard avait disparu, tout comme le pêcheur. Pris d’un mauvais pressentiment, il courut jusqu’à la plage, à l’endroit où le bateau était censé se trouver… mais il n’y avait plus rien. Jiro paniqua, fouilla chaque recoin de l’île, visita tous les cabanons du village, mais ne trouva ni pêcheur ni vendeur.
Il erra ainsi pendant de nombreux jours qui devinrent des semaines, puis des mois. Chaque matin, il scrutait l’horizon dans l’espoir d’apercevoir un bateau, mais la mer restait vide et silencieuse. À plusieurs reprises, il tenta de quitter l’île : il fabriqua une barque de fortune avec les branches des arbres, lança des messages dans des bouteilles, cria à l’aide de toutes ses forces. Mais personne ne vint jamais, et les courants le ramenaient sans cesse vers le rivage, comme si l’île refusait de le laisser partir.
Le temps s’écoula lentement. Les jours se ressemblaient tous, le soleil se levait et se couchait sur la même étendue d’eau, et les saisons passaient sans qu’aucun changement n’apparaisse. Petit à petit, Jiro perdit l’espoir de revoir un jour le monde extérieur et dut se résoudre à vivre sur cette terre isolée. Pourtant, même si son corps était prisonnier de l’île, son esprit, lui, n’abandonna jamais. Chaque soir, il levait les yeux vers le ciel et continuait de rêver : un jour, il volerait au-dessus des nuages.
Et ce jour arriva, après des siècles d’errance, il entendit un bruit sourd provenant du ciel. Il leva la tête et vit une chose massive s’approcher de l’île. On aurait dit un oiseau fait de métal. La chose se rapprocha de plus en plus à une vitesse folle. Jiro s’enfuit aussi vite que ses vieux os le lui permettaient et grimpa sur une falaise pour observer. Lorsque la machine se posa, une bourrasque balaya les arbres alentour. Depuis sa cachette, il vit un jeune homme sortir de l’engin, accompagné d’une deuxième personne. Jiro n’en crut pas ses yeux : il reconnut celui qui l’avait jadis conduit sur l’île — le pêcheur. Alors, il comprit tout.
Il attendit la nuit et fit en sorte de ne pas être vu par le jeune homme. Une fois l’obscurité tombée, il ralluma la musique du cabanon aux lucioles. Intrigué, le jeune homme entra et fit la fête, comme lui autrefois. Jiro patienta jusqu’à ce qu’il s’endorme profondément, puis alla retrouver le pêcheur.
Celui-ci n’avait pas pris une ride depuis leur dernière rencontre, contrairement à Jiro qui n’était plus qu’un vieil homme.
— « Voici un avion, dit le pêcheur. Il te permettra de voler et d’explorer le ciel comme bon te semble. En échange, tu devras donner cette carte à quelqu’un et l’amener à moi. Ainsi, tu garderas l’avion, et moi, je m’occuperai du reste. N’oublie pas de lui dire qu’il vient de ta part. »
Il lui tendit alors une carte identique à celle qu’il avait reçue, il y a cela des années.
Jiro accepta heureux de pouvoir quitter l’île. Et après de longues années d’attente, il put enfin réaliser son rêve et pu prendre son envol.
Un conte de Chihiro.


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