La montagne - Slide
- kapcontes
- 19 mars
- 4 min de lecture
J’aurais dû écouter mon instinct qui me hurlait de partir, et de prendre mes jambes à mon cou. Il me suppliait de courir aussi vite que mon corps me le permettrais. Seulement, quelque chose m’attirait auquel je ne savais résister, malgré tous mes efforts. On m’avait prévenu et je pensais être préparé. Enfait, j’ai sous-estimé son pouvoir, et j’ai surestimé ma force.
Avant mon départ, tout le monde me répétait la même chose : Elle trouverait LE truc à dire pour m’attirer. Elle finirait par m’engloutir une fois qu’elle aurait cerné mon point le plus faible. Mais moi, je n’étais pas faible. Et surtout, je venais profiter du beau temps et de la nature abondante. J’avais prévu de soumettre ma candidature à un concours prestigieux de photographie. Quoi de mieux que de capturer les plus grandes montagnes de la région ? En ce début d’automne, les couleurs chaudes allaient donner un caractère impressionnant aux photos.
Cette chaine de montagne est couverte de légendes aussi farfelues les unes que les autres. La forêt qui l’entoure et les animaux qui y vivent, auraient une ambiance étrange. Moi, je croyais à moitié à toutes ces superstitions. Je me disais que si je n’y crois pas, ça n’existe pas.
Sept jours, et sept nuits, étaient prévues. Trois emplacements de camping différents. J’ai complètement perdu compte des jours au bout de je ne sais même pas combien de temps. Je ne sais même pas non plus quand est ce qu’elle a commencé à rentrer dans ma tête. A partir de quand est ce que le son de sa voix résonnait en parallèle à la mienne ? J’avais du mal à distinguer mes pensées des siennes. Parfois c’était des mots doux qu’elle me chuchotait. Elle pouvait être pleine d’encouragements. Mais parfois, sa voix devenait rauque. Elle paraissait venir du fond de la gorge. C’est dans ces moments qu’elle me terrifiait. Je sentais son souƯle dans ma nuque, je me retournais sans cesse, pensant pouvoir l’attraper. La nuit, les frissons et les rêves étranges m’occupaient.
Une nuit, je rêvais que je me baladais dans la forêt, muni de mon appareil photo. Tout était normal, jusqu’à ce que j’entende la voix de ma mère appeler mon prénom. En suivant le son de sa voix, j’ai finit par la croiser. Rien d’alarmant au départ.
Elle me souriait et me demandait comment se passait mon voyage. Elle riait parce que quand j’étais petit je détestait aller au camping, et pourtant, me voici, campant dans la montagne de mon plein gré. J’avais la boule au ventre mais je n’arrivais pas à en cerner la raison. Quelque chose était légèrement…inhumain. Peut-être était-ce ses yeux qui n’avait pas cligné une seule fois depuis le début de notre conversation ? La panique a fini par me réveiller en sursaut.
Le lendemain, à chaque pas, j’entendais ce qui prétendait être ma mère me demander comment j’avais osé l’abandonner hier soir. Sa voix se distordait avec chaque heure qui passait. Le soir, c’était un son grave et strident à la fois qui me hantait.
Au fond, je savais qu’il fallait partir. Quitter cet endroit, plier ma tente, remettre mes aƯaires dans mon sac. Mais quelque chose, m’en empêchait. Chaque animal que je croisais me rappelait le fait que j’étais observé en permanence. Lorsque je tentait d’emprunter un chemin qui me mènerait au pied de la montagne, et à la sortie de sa forêt, ils me trouvaient. A chaque fois. La forêt était puissante. Elle changeait chaque jour et chaque nuit, au point où j’ai fini par perdre trace de où était mon campement.
J’ai finit par arrêter de me battre et je lui ai demandé pourquoi moi. Qu’est ce que j’avais fait pour mériter tout ça ? Je voulais rentrer à la maison. Dans ces moments de détresse, la montagne me rappelait que je pouvais partir quand je le voulais, si je restais c’est parce que j’en avais envie. En réalité, je savais qu’elle avait tort, si je n’arrivais pas à fuir c’est parce qu’elle me rattrapait toujours. La montagne allait m’engloutir et je le savais.
L’écorce des arbres avaient commencé à me murmurer des mots. Puis des phrases. Certaines étaient diƯiciles à comprendre, tout ce que j’entendais c’était des chuchotements. Presque comme s’ils parlaient entre eux, d’un sujet dont je ne pouvais prendre connaissance. Mais parfois, ils me parlaient directement. Ils chantaient mon prénom en une chorale malaisante. Ça m’arrivait d’y succomber et de me joindre au chant. Je m’y perdait totalement et finissait le dos au sol, les yeux rivés sur les étoiles. Comme ivre du rythme qui résonnait en moi.
La dernière chose dont je me souviens, ce sont les racines.
Je les ai senties s’enrouler autour de mes chevilles. C’est bizarre parce que je savais qu’il fallait que je me débatte. Mais chaque centimètre qu’elles gagnaient de mon corps, je renonçait un peu plus. C’est peut-être leur voix douce qui avait les mots justes. Leurs chuchotements, au creux de mes oreilles, me disaient que ce n’était pas de ma faute si je me laissais faire. Après tout, je voulais juste être aimé. La montagne, elle, me comprenait. Les racines ont commencé à se serrer sur mon ventre, et mes poignets. Puis ce sont mes épaules que j’ai senti se coller à la terre. Rapidement, je n’arrivais plus à ouvrir les yeux sous leur poids. Lorsque ma respiration a été coupée, j’ai réalisé qu’ils avaient tous raison.
La montagne allait m’engloutir.

Commentaires