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La fille de la plaine - Mavis

  • kapcontes
  • 26 mars
  • 9 min de lecture

Le vent secoue violemment les hautes herbes,

Le souffle froid fait fuir les insectes, 

L’orage effraie les oiseaux. 

Et la plaine est si vaste qu’on peut à peine distinguer la jeune femme qui se tient là,  debout. 

La respiration haletante, elle tient à peine debout.


En m’approchant, je comprends qu’elle fixe quelque chose.. Quelque chose ou quelqu’un. 

Au début, je pense que c’est moi. Je suis seul face à elle sur cette plaine. Mais au plus j’avance vers elle, au plus je comprends que… Ce n’est pas moi qu’elle fixe. Je me retourne instinctivement… mais je ne vois rien derrière moi. La tempête est si puissante que j’arrive à peine à distinguer la silhouette de la femme.

J’essaie de m’approcher le plus possible.. Mais à force de marcher contre le vent, mes membres commencent à faiblir. 

Au bout de quelques minutes, je commence à apercevoir le visage de la jeune femme. Ses vêtements, ses chaussures et sa coiffure… 


Ses vêtements… Ils sont tachés… de sang… 


Je recule d’un pas. 

Une femme, debout, avec les vêtements tachés de sang… se tient à à peine 5 mètres de moi. 

Je m’arrête de respirer quelques secondes, comme pour me faire oublier.

Mais la fille m’a déjà vue. 

Même après m’avoir remarqué, elle a toujours la même expression sur son visage. Ses yeux sont grands ouverts, et regardent derrière moi. Elle a l’air… terrifiée… 

Et moi aussi, je le suis. 

Mais il est trop tard pour reculer… 

Alors, je m’approche encore.

“ Bonjour! Vous allez bien?” 

La femme ne me répond pas. Elle a toujours les yeux rivés derrière moi et ne me prête aucune attention. 

J'insiste plusieurs fois… aucune réponse… 

Je commence à perdre patience… 

Je fais un pas de plus. Je suis maintenant à seulement quelques centimètres de ce qui semble être une adolescente. 

J’ai beau être en face d’elle… Elle ne me voit pas… Son regard paraît vide, comme si ses yeux étaient sans vie… 

Je baisse le regard et remarque un détail qui m’interpelle… Elle porte un foulard autour de son cou… Comme moi. 

Je serre mon foulard entre mes doigts… Je n’aurai jamais dû quitter le camp… Pourquoi j’ai fait ça?... Qu’est ce que je suis idiot! Je n’avais aucune raison de fuguer… j’étais bien là bas… 

Soudain, la jeune fille me ramène à la réalité. Elle qui n’a pas bougé d’un poil depuis le début vient de tirer fermement sur mon foulard. 

Elle plonge pour la première fois son regard dans le mien. 

“ Fuis… ils vont revenir…” 

 “ Quoi…. Qui? Pourquoi?!” 

“ Ils nous veulent du mal… Ils arrivent…”

Un frisson me parcourt l’échine. 

Je me redresse et lui prends le bras. 

“ Alors… Viens… fuyons” 

La jeune fille lève son t-shirt. 

Je perçois alors plusieurs coupures sur son ventre… Et des brûlures. 

“ Je ne peux pas bouger. Pars avant qu’il ne soit trop tard”

A cet instant précis, j’entend une branche se briser à quelques mètres derrière moi. 

Mon sang ne fait qu’un tour. 

“ Je reviendrai te chercher, jte le promet…Je vais chercher de l’aide”. 

Je cours. Je cours aussi vite que possible au point ou j’ai l’impression de ne plus sentir mes jambes. Je ne sens plus non plus le vent contre lequel je me dresse. Ce genre de détail n’a plus aucune importance lorsqu’il s’agit de survie. 

Je cours, encore et encore… parce que oui, ma vie en dépend. 

Je ne sais pas qui sont ces hommes… je ne sais pas non plus si la jeune fille est juste folle… Je n’ai pas le temps de me poser pour y réfléchir. 

Il faut que je m’éloigne le plus loin possible de cette plaine. 

Après ce qui a semblé être une éternité, le beau temps commence à reprendre ses droits sur la tempête. 

Les hautes herbes commencent à s’apaiser, 

Le souffle froid devient un air chaud et réconfortant, 

Et les oiseaux retournent caresser le ciel. 

Je m’arrête un instant pour respirer l'air frais. Je lève la tête et observe le soleil qui fait son grand retour. 

Tout d’un coup, j’entends un bruit. 

Je regarde autour de moi.

Une branche qui se brise? 

Un deuxième bruit… Cette fois-ci, ça a l’air de provenir d’un buisson, à ma gauche. 

Mes mains commencent à trembler. 

Et si c’étaient les hommes qui cherchaient la jeune fille tout à l’heure? 

Mes craintes se dissipent lorsque je vois une petite fille sortir du buisson. 

Elle s’approche de moi en souriant. 

Elle doit avoir 8 ou 9 ans, tout au plus. 

Elle porte aussi un foulard à son cou. Voir qu’elle est scoute me rassure. 

“ Salut! Je me suis enfui de mon camp… et en voulant chercher mon chemin, je me suis retrouvée avec une fille blessée…” 

Le regard de la jeune fille s’assombrit. 

“ Ou ça?”

“ Je ne sais pas.. j’ai beaucoup couru avant d’arriver jusqu’ici…je dirai 2 ou 3km”. 

La fillette me répond par un sourire. 

“ Ok. Ne t’en fais pas… Je vais t’amener dans mon camp. Tu pourras en discuter avec nos animateurs. Ils trouveront une solution pour toi et ton amie”. 

J’hoche la tête. 

Après ce que je viens de vivre, je ne dis pas non à un peu de réconfort. 

Lorsque j’arrive sur l’endroit de camp, je comprends que l’ambiance n’a rien à voir avec celle que j’ai connu. 

La plupart des enfants me dévisagent lorsque je passe à côté d’eux.

Je continue de marcher jusqu’à une tente en évitant leur regard.

Préoccupé par le regard des enfants, j’oublie presque l’odeur qui envahit les tentes alentour. 

Une odeur particulière, 

Nacre, 

Désagréable

Une odeur qui me pique les narines rien qu’en respirant. 

Au moment où je veux me tourner pour observer d’où provient l’odeur, la petite fille me pousse vers l’avant pour finalement finir face à ce qui semble être un animateur. 

Je l’observe, et lui, me scrute du regard. 

Il se présente et je lui donne simplement mon nom. 

Ensuite, il demande à la jeune fille qui m’a amenée au camp de discuter plus loin, pendant que je suis en train de déguster un délicieux repas entouré des autres scouts. 

Au début, aucun enfant ne me parle, mais au fur et à mesure, les enfants rigolent avec moi et me mettent à l’aise. 

Je me sens bien, ici. 

A la fin du repas, un enfant me demande si j’ai trouvé ça bon. Je lui réponds que c’était vraiment bien et le remercie. 

Ce qu’il me dit juste après me froisse le dos. 

“ C’est nous qui faisons à manger nous-même! On chasse pour avoir notre viande!”

Le fait que cet enfant de 8 ans annonce avec une si grande légèreté qu’il chasse dans la forêt pour se nourrir me glace le sang. 

Voyant que je suis incapable de répondre, un animateur s’approche de moi et m’affirme qu’ils ne chassent pas, et qu’ils font juste croire cela aux enfants pour s’amuser. 

Au début, je reste un peu surpris. 

Puis; je me dis que ce doit sûrement être une blague… Qui pourrait chasser des animaux avec des louveteaux, des enfants qui ont à peine 12 ans? 

La suite de la soirée, je ne m’en souviens que vaguement. On a chanté et dansé autour du feu jusqu’au bout de la nuit. 

Au moment de dormir, les enfants me donnent une couverture et me laissent une place dans leur tente. 

J’ai beau essayer de dormir, je ne fais que cogiter… 

La petite fille dans la plaine… Il faut absolument que je retourne la chercher demain. Je leur dirai demain matin que je dois retrouver cette petite fille… S’ils ont un minimum d’humanité, ils chercheront à m’aider. Et si pas, je partirai seul. 

Le lendemain matin, je me lève donc déterminé à quitter le camp pour retrouver la fille d’hier. 

Lorsque je commence à défaire mon lit pour partir, un animateur m’interrompt. 

“ Hello! Bien dormi? Tu pars déjà?”

“ Salut… oui… Merci beaucoup pour tout… mais je dois partir oui… je dois aller retrouver la jeune fille que j’avais rencontré hier… elle semblait en danger”

“ Oh! Non! Ne t’en fais pas, des animateurs sont deja parti à sa recherche depuis l’aube. Reste ici un jour de plus, en attendant qu’il revienne avec elle!”

“ Oh… D’accord.. Vous n’avez pas appelé les flics?”

“ Non… On connait cette forêt par coeur, nous venons ici tous les ans… On s’est donc dit qu’on serait plus efficace que la police.”

Sa réponse me surprend un peu… Quel intérêt ont-ils à y aller eux-même? Ils sont là pour s’occuper des enfants.. et puis… La police reste compétente pour ce genre de situation. 

Avant même que j’ai le temps de dire quoi que ce soit, mon lit est deja refait par l’animateur. 

“ Et voilà, tu restes une nuit de plus! Relax!” 

Puis il s’en va rapidement, sans me laisser la moindre occasion de répondre. 

Je me sens moins à l’aise qu’hier soir…Je sens vraiment que quelque chose cloche. Il ne me reste donc plus qu’une chose à faire: chercher un moyen de contacter la police. 

Je commence alors à me promener autour de la tente des animateurs, à la recherche d’un téléphone. Au plus je m’approche de leur tente, au plus l’odeur forte et écoeurante que j’avais senti hier picotte mes narines. 

Qu’est ce qu’il y a dans ces tentes? Comment c’est possible que cela sente AUSSI mauvais? 

Je m’approche de l’entrée de la tente. Lorsque je pose ma main pour pousser la porte en tissu, un animateur se pointe juste derrière moi et pose sa main sur mon épaule droite. 

“ Personne ne peut entrer ici.” 

Je me retourne. 

Le jeune homme face à moi, qui doit avoir la vingtaine, me scrute d’un regard sombre et agacé. Il ne me sourit pas, il me dévisage. 

“ Qu’y-a-t-il dans cette tente?” 

“ Rien qui te concerne”

Sa réponse me paraît très suspecte. Ça confirme mon malaise. Ils cachent quelque chose. 


Comme s’il venait de comprendre son erreur, il décide de dire: 

 “ Fin tu sais… C’est juste une chambre de mecs quoi.. On interdit aux enfants d’entrer, on aime avoir notre intimité”. 

Je ne réponds pas. Je reste stoïque face à ce qu’il vient de me dire. Je sais qu’il ment. 

Il me sourit et part, à la hâte. 

Je le vois au loin parler avec d’autres animateurs. Ils se sont tous mis à me dévisager en même temps. Si avant, j’avais un doute, là, il n’y en a plus: ils parlent de moi, et pas en bien. 


Le reste de la journée se passe plutot bien…Je participe aux activités, comme les autres enfants… Même s’ils sont plus jeunes que moi. 

Mais… je n’ai toujours pas su avoir accès à un téléphone. 


Il me reste une dernière carte à jouer. 

Je m’avance vers un animateur. Je lui explique que je veux retrouver ma famille et que j’aimerais contacter ma mère ou mes animateurs. 

Comme toutes les fois où je leur parle de ma vie, ils m’ignorent, comme s’ils s’en fichent de savoir d'où je viens; et comme si avoir un adolescent perdu dans leur camp ne les inquiétaient pas. 

Mais c’est LA que je dois leur mettre un coup de pression. 

“ Vous savez que mon camp ne doit pas être si loin… Mes animateurs ont sans doute déjà contacté la police. Ils vont bien finir par arriver. Et, qu’allez-vous leur dire, quand ils verront que vous m’avez interdit tout contact extérieur et que vous m’avez gardé ici sans le dire à personne? Vous risquez de gros problèmes.”

Un long silence s’installe entre lui et moi. 

Il finit par me dire, d’un ton calme et assuré: 

“ Tu ne partiras pas d’ici. Jamais”

Un sourire diabolique se dessine sur son visage. 

J’écoute mon instinct, et je fuis. Je cours à travers le camp. Le plus vite possible. Il faut que je m’éloigne de cet endroit. 


J’arrive à sortir de la plaine, et je continue de courir sans m’arrêter. Malheureusement, mon ravisseur me suit. 

Il finit par me rattraper. 

La dernière image dont je me souviens, c’est l’animateur, tenu debout face à moi, prêt à m'assommer avec une pelle. 

Je finis par me réveiller, quelques heures plus tard, par les bruits d’une alarme de police. 

Les murs de la tente dans laquelle je suis, varie du rouge, au bleu, pour repasser en l’espace d’une seconde au blanc. 

Je me réveille peu à peu et je vois que je suis ligoté à une chaise. Je commence à observer ce qu’il se trouve dans la tente. Il fait noir, alors, j’ai du mal à dissocier ce qu’il s’y trouve. 

Au moment où l'alarme de la police reflète sa couleur blanche sur la tente, ce qui m’entoure me glace le sang…

Des cadavres, accrochés au plafond de la tente avec des cordes. 

Des bouts de bras, au sol. 

Des scies et des hâches ensanglantées. 

Du sang partout…

Voilà ce qui m’attend. A moins que la police soit vraiment là et qu’elle agisse à temps. 

Je commence à entendre du bruit autour de moi. 

Des branches qui se brisent. 


Quelqu'un approche. 

Mon coeur bat la chamade, si bien que je suis incapable de respirer. 

Une main touche la porte gauche.

Une autre pousse la porte droite. 

C’est la police. 

Je respire à nouveau. De soulagement. 

Je vais vivre, je vais survivre. 

Les agents me voient et viennent rapidement me détacher. 

“ Une fille est en danger, elle aussi! Elle était brune… Avec un foulard!... “

Le policier en face de moi me lance un regard triste puis me dit:

“ Cette jeune fille n’était pas en danger… Elle servait uniquement d’apas pour t’amener jusqu’à eux. Elle avait été punie car elle n’avait pas su se lever la veille pour le petit déjeuner. Je suis désolé”. 

Je reste tétanisé. J’entends mon coeur battre rapidement dans tout mon corps. Je me sens trahi. 

Le policier me prend dans ses bras, et m’amène en dehors de cette tente. 

Cette tente, une scène d’horreur, qui restera à jamais marquée dans mon esprit. 

Lorsque je sors, je vois ma mère, et mes animateurs, les larmes aux yeux.

Le policier me dépose à terre et je cours dans leurs bras. 


**


Aujourd’hui, nous sommes le 26 mars 2026. Cela fait 5 ans que cet évènement s’est déroulé. Je suis devenu animateur depuis et chaque jour, je transmet les valeurs scoutes que l’on m’a apprises à mes animés..

Enfin.. Toutes les valeurs sauf celles de ce camp mystérieux et terrifiant. 

A l’avenir, évitez de fuguer de vos camps scouts… Vous n’avez pas idée de tous les problèmes que cela pourrait créer… 



Un conte de Mavis.


 







 
 
 

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