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La colonie de vacances - Fatal

  • kapcontes
  • 20 déc. 2025
  • 7 min de lecture

Ici je suis bien caché, personne ne devrait pouvoir me trouver, enfin j'espère...


Quelle idée de merde, mais quelle idée de merde !


Avec mes potes on était persuadé que ça allait bien se passer, qu'on allait juste vivre quelques galères ensemble et que ça allait souder notre équipe. J'étais loin de me douter du cauchemar que ça allait être.


Au printemps dernier, avec Simon et Alexandre on s'était dit qu'on irait faire un petit tour à la capitale, pour une petite virée entre copains quoi. Sur la place, il y avait un marché alors on y a fait un tour. On a trouvé un maraîcher sympa qui vendait des fruits exotiques pour vraiment pas cher. On a un peu traîné dans cette escapade imprévue, puis une tente a attiré notre attention : elle était kaki et très cubique, entourée d'hommes et de femmes habillés en militaires. En fait ils n'étaient pas là pour faire la sécurité de la place mais pour faire un appel au recrutement.


Simon et moi, on sort à peine des études. Alexandre a récemment décroché un taff qui ne lui plaît pas tant que ça, alors on est entré pour voir et discuter avec eux. Ils nous ont parlé du métier de militaire, des tests physiques de l'armée, du salaire, des primes qu'on pouvait toucher pour les risques du métier.


Et on a trouvé ça plutôt intéressant, on était même très ouverts à l'idée !


Et voilà là maintenant, je me retrouve dans cette situation, je suis tout seul dans le sous-sol de l'avant-poste en espérant que les soldats ennemis ne me trouvent pas. J'ai eu tout juste le temps de verrouiller quelque accès, tirer un feu de détresse dans le ciel et signaler l'assaut à l’état-major par radio, là il ne me reste plus qu'à attendre, et voir si je m'en sors.


Quelques semaines après notre échange avec les militaires de la capitale, on avait déjà pris notre décision, ça avait été très rapide. On a passé avec succès les tests d'entrée de l'armée et on venait d'être pris comme novices. On se plaisait bien à la caserne, on était tous les 3 plus soudés que jamais, on s'est aussi fait de nouveaux amis parmi les recrues.


En fait, c'est 3 mois après qu'on a eu une énorme réunion avec le sergent. Il a rassemblé toutes les recrues de la province pour une grande annonce. Leur campagne de recrutement avait un but précis, la confédération a observé des exercices ennemis non loin de l'une de nos frontières et a averti les alliés. Les hauts dirigeants militaires du pays ont donc craint une menace imminente concernant un conflit armé.


Là ça devenait réel, ce qui s'apparentait pour l'instant à une colonie de vacances allait bientôt devenir un cauchemar. Tellement de choses m'ont traversé l'esprit à ce moment-là : à quelle point la menace était concrète ? Est-ce qu'il s'agit d'un conflit mineur ou d'une nouvelle guerre mondiale ? Est-ce que ma famille sera en sécurité ? Est-ce qu'on sera envoyés au front mes amis et moi ? Est-ce qu'on va devoir tirer sur des gens qu'on ne connait pas ?


A peine quelques jours après le discours du sergent, notre pays est officiellement entré en guerre. Heureusement, il s'agissait d'un conflit local chez l'un de nos alliés donc ma famille ne risquait rien. Aussi on a eu de la chance car avec Simon et Alexandre, on s'est retrouvés dans la même brigade avec quelques-uns de nos nouveaux potes, et notre mission consistait juste à tenir un avant-poste, faire des rondes, relayer des informations par radio et surveiller le périmètre aérien. On savait bien ce qu'il se passait quelques dizaines de kilomètres plus loin mais l'ambiance y était à nouveau décontractée, feu de camp le soir, des blagues avec les copains, retour à la colonie de vacances. En plus les affrontements tournaient à notre avantage, de ce que j'ai compris quand j'étais de corvée radio l'autre jour. Donc on regardait avec une certaine forme d'émerveillement les avions de chasse alliés qui survolaient notre avant-poste et les explosions qu'ils provoquaient au loin.


La mission s'est étendue sur plusieurs semaines, peut-être même des mois, je n'en sais rien en fait je ne comptais pas les jours. Un matin, je me suis réveillé après une bonne nuit de sommeil, je n'avais aucune ronde à faire cette nuit-là, j'ai croisé Simon qui semblait... différent. Lui qui a toujours été blagueur et boute-en-train depuis le début de notre mission était désormais vide, et sur ses gardes. Je lui ai demandé ce qu'il se passait, il m'a simplement répondu que sa famille commençait à lui manquer et qu'il ne savait pas combien de temps notre mission allait encore durer, ça le tracassait. Les autres aussi avaient remarqué mais comme on est des bons potes, on a tout fait pour lui changer les idées : des bonnes blagues, un bon repas et une soirée à chanter au coin du feu. A la fin de la soirée, Simon m'a demandé si pour me remercier il pouvait prendre mon shift de nuit au relais radio. Je lui ai dit que non, ce n'était pas nécessaire, j'avais bien dormi la nuit d'avant et je pouvais assumer mon shift, mais là... Il a insisté, presque menaçant, sous prétexte que ça lui occuperait l'esprit pour ne pas trop penser à ses angoisses. J'ai alors accepté et enchainé une 2e bonne nuit. Le soir suivant, j'étais de ronde pour surveiller le périmètre aérien, pendant ma ronde j'ai croisé Alexandre, qui devait être en shift radio à ce moment-là mais qui m’a dit que Simon insistait pour le prendre. J'ai commencé à trouver ça bizarre, il cachait peut-être quelque chose.


On a eu la visite d'un de nos supérieurs dans la journée qui a suivi, il nous a annoncé que pour des raisons pratiques, fini les shift, chacun a un poste attribué auquel il sera assigné jusqu'à la fin de la mission. Alexandre a hérité de la corvée nettoyage, pas de bol, moi de l'intendance et Simon... du relais radio, comme par hasard...


Les jours passaient, sa méfiance semblait laisser place au dépit puis à l'absence totale d'émotions, comme s'il ne trouvait plus de sens à ce qu'on était en train de faire. Pour moi il se passait quelque chose avec cette radio alors un soir, on a isolé Simon, avec la complicité d'Alexandre qui a suggéré qu'ils aillent rendre visite à l'avant-poste voisin pour rédiger un rapport. Je suis entré dans la salle des radios, j'ai allumé le poste et après quelques instants de grésillement, une voix appelant "Simon pour la tour A de l'avant-poste Éclipse". J'ai répondu présent, prêt à relayer les informations en provenance du front. Mon cœur s'est arrêté quand j'ai entendu la voix tremblante de l'autre côté me dire : "On a encore perdu du terrain", "l'ennemi progresse", "les avant-postes Aube, Resist, Moonlight et Heaven sont tombés", "nos effectifs s'amenuisent", "les déplacements de l'ennemi deviennent imprévisibles", "Ne toujours pas avertir vos camarades de la situation sans nouvelles de l'état-major".


A ce moment-là, tout m'a semblé beaucoup plus limpide ! L'attribution fixe des postes, l'état dans lequel était Simon, pourquoi il ne nous disait rien !


J'ai aussi compris que je m'étais mis dans une situation bancale : désobéissance aux ordres, je me suis fait passer pour Simon, et surtout, je n'ai pas envie de devoir mentir à mes camarades... Ce jour-là, j'ai déjà eu la chance de ne pas me faire prendre, donc je n'ai rien dit aux autres, j'ai dit à Alexandre que je n'avais rien remarqué de bizarre, mais je comptais bien tirer l'affaire au clair. Le lendemain on prenait tous notre pause dîner sur le balcon de l'avant-poste, alors j'ai juste tenté de demander à Simon : "Au fait, ça raconte quoi en radio ces derniers temps ? ça se passe toujours bien pour nous ?"  J'ai senti que la question l'embêtait, il m'a juste répondu qu'on ne le contactait pas beaucoup, à part pour des tests de qualité de réseau et relayer certains messages codés pas trop importants. A peine avait-il eu fini sa phrase que ... … … Un bruit ! assourdissant ! et là une explosion de sang sur le sol et sur nous tous. Après un moment de flottement qui a duré entre 3 secondes et une éternité, la situation devenait claire : Alexandre s'est fait exploser le crâne par un tir de sniper. D'abord, la panique, on a crié et on a couru se réfugier à l'intérieur. A travers la fenêtre, on a pu voir un nuage de poussière qui se soulevait, un assaut ennemi arrivait sur notre position. Malgré l'urgence de la situation, je me suis souvenu des consignes en cas d'attaque : Verrouiller tous les accès, tirer un feu de détresse dans le ciel et donner l'alerte par radio. Et puis... bah... se défendre. On avait des armes, des explosifs, on espérait ne jamais avoir à les utiliser mais les consignes étaient claires : défendre la position à n'importe quel prix, vraiment n'importe quel prix.


La suite, elle est un peu floue dans mon esprit, et d'un côté heureusement parce qu'il y a des images dont il est préférable de ne pas se rappeler. Mes camarades sont tombés 1 par 1, je n'ai plus vu Simon depuis le tir de sniper. Alors j'avoue j'ai paniqué, je me suis enfui au sous-sol pour me cacher, en espérant que personne ne me trouve, qu'on m'oublie complètement. De toute facon je n'aurai pas fait la différence si j'étais resté avec les autres, ils sont sûrement tous morts à l'heure qu'il est, et moi j'attend mon tour, dans cette cave humide. C'est ici que je vais mourir ? Cette idée me terrifie et pourtant j'ai l’impression qu’une part de moi a accepté que ça allait arriver... Un bruit dans l'escalier, des pas, des soldats, des échanges dans une langue que je ne comprends pas... ça se rapproche... ça y est ! Des hommes face à moi, j'en compte 6, ils braquent leurs armes sur moi, ils me crient dessus, toujours dans cette langue que je ne connais pas. Ils me plaquent au sol, je sens une pression sur ma cage thoracique... Ils comptent m'emprisonner ? Me prendre en otage ? Me tuer ? Après un temps qui m'a semblé très court mais interminable, j'ai eu ma réponse...  PAN !


Un conte de Fatal.


Note de l'auteur :

Ce conte véhicule un message important selon moi : s'engager c'est aussi ça. Au-delà de la volonté de vouloir protéger la population, il y a ces réalités morbides à ne pas ignorer.


 
 
 

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