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Je vois tout - Fatal

  • kapcontes
  • 12 mars
  • 5 min de lecture

Je vois tout et j'entends tout aussi. Je vous vois tous, et vous, vous me voyez ?


L'autre jour j'ai vu ce couple se disputer, crier, pleurer, hurler et finalement se réconcilier dans une étreinte si sincère. Il y a aussi cette fois où j'ai vu cet homme dans tous ses états après avoir perdu son travail qu'il aimait tant. Oh et aussi cette jeune femme qui a tout plaqué du jour au lendemain pour vivre son rêve, celui de devenir Violoniste.


Vous savez j'en ai vu des choses.


Que fait votre chat quand vous le laissez seul à la maison ? Moi je le sais, je l'ai vu.

Avec qui ton mari te trompe ? Je le sais, et si tu savais...


Qui est l'auteur de ce mystérieux meurtre ? Je le sais, j'ai tout vu.


Et pourtant, je ne vous dirai rien.


Enfin quoique, il y a eu cette affaire singulière… Un homme qui a tout perdu… Il était jardinier et il adorait ça. Chaque matin il se réveillait avec un sourire indélébile à l’idée d’aller travailler dans le jardin qui lui était assigné. C’était un riche propriétaire qui, bien que fortuné, avait à cœur que tous les promeneurs aient le droit de s’y promener pour partager sa passion de la botanique. Ce matin-là, lorsque le jardinier s’est rendu sur son lieu de travail, quelque chose avait changé. Une toute nouvelle fleur avait poussé sur le coin d’un parterre. Elle n’était pas comme toutes ces autres fleurs qui peuvent pousser par dizaines dans les prairies, non, celle-ci était très colorée, scintillante et on aurait presque dit qu’elle dansait quand le vent venait chatouiller ses pétales. Alors le jardinier s’en est approché et… Si ses souvenirs de l'école de jardinage étaient bons, cette espèce n’est pas censée pouvoir pousser dans son pays, du moins… en théorie… car là il est face au fait accompli que cette fleur a poussé dans ce jardin. Possédé par sa passion de la botanique, il s’est approché et l’a observé. Il s’est permis de l’effleurer, de la toucher, de l’attraper et… par mégarde, il l'a arraché. Il n’en avait pourtant aucune intention mais il l’a arraché.


Il était abattu, c’était sa première faute professionnelle en des années de carrière, il n’a donc pas osé en parler mais, manque de chance, un promeneur qui était passé par-là un peu plus tôt dans la matinée l'avait vu et en avait parlé au propriétaire du jardin. Lorsqu’ils sont tous les deux revenus sur les lieux, ils n’ont vu que le jardinier, à genoux dans l’herbe, le front contre la terre et dans sa main droite, la fleur, déjà en train de faner un peu. Le propriétaire ne pouvait tolérer une telle faute et a viré le jardinier de son poste.


Et moi je l’ai vu… faire les 100 pas, se demander comment il allait annoncer ça à ses amis, à sa famille, à son épouse… C’était tout ce dont il aimait parler. Heureusement, il avait un lien fort avec son épouse, il savait qu’il trouverait en elle le soutien dont il avait besoin pourtant… Lorsqu’il passait le pas de la porte de la maison, … rien … personne, seulement le chat – qu’avait-il pu bien faire tout seul à la maison quand personne ne regardait ? - . Il se dit d’abord qu’elle avait dû partir faire une emplette ou une sieste mais plus le temps avançait, plus il était obligé de réaliser qu’elle l’avait abandonné. Mais pourquoi ? Elle ne savait pas encore qu’il avait perdu son travail, alors pourquoi ? Moi je le sais, j’ai tout vu.

 

Cette femme, ça faisait longtemps qu’elle vivait sa vie paisible et pleine d’amour avec son mari jardinier, cette vie lui plaisait bien mais il lui manquait quelque chose… Dans son enfance, elle a toujours aimé la musique et rêvait de rejoindre les plus grands orchestres. Mais à l’approche de l’âge adulte, la pression familiale l’a poussé à trouver un mari et une situation stable. En soi, cela lui allait car son mari était on ne peut plus doux, gentil et à l’écoute pour elle. Mais il manquait quelque chose…


Et moi je l’ai vu essayer d’en parler à son mari, s’entraîner toute seule dans sa chambre pour trouver les mots justes pour lui dire qu’elle se lassait dangereusement de cette vie. Alors, faute de courage, ce matin-là, elle a profité qu’il parte travailler dans ce jardin pour faire son sac et partir avec en poche quelques sous, quelques vêtements et son violon.


Vous savez j’en ai vu des choses, et je pense que vous êtes curieux de savoir comment je vois tout ça, et peut-être même que vous vous inquiétez de ce que j’ai pu voir de vous. Je vous ai vu faire des choses dont vous ne parlerez jamais. Rassurez-vous, je ne peux pas savoir ce que vous pensez, seulement ce que vous faites. Et soyez tranquilles car je ne dirai rien, je ne dirai jamais rien. Non pas par choix mais parce que c’est le prix à payer pour tout voir.


Alors, qu’est-il arrivé à ce jardinier désormais sans son travail et sans son épouse ? Eh bien, vous, qu’auriez-vous fait ? Il est parti à sa recherche et pendant des heures, des jours, des semaines, il a exploré toutes les pistes, interrogé toutes les personnes susceptibles de l’avoir vue. Et après 3 mois, il avait enfin une adresse, le studio où répétait un groupe de musique indépendant qu’elle avait rejoint en tant que violoniste. Ce n’était encore qu’une petite étape dans son rêve mais elle était la plus heureuse. En voyant son (ex ?)-mari arriver, elle eut un sourire, comme celui qu’on a en revoyant un vieil ami. Lui a vécu la scène tout autrement… Lorsqu’il a passé la porte du studio, il a trouvé son (ex ?)-femme avec dans la main droite son violon et dans la main gauche… la main du guitariste. Tout s’est très mal passé, il n’a pas oublié cette sensation de tout perdre en un jour : son travail, son épouse, tout ce qu'il a toujours eu ! Et elle l’avait si vite oublié, si vite remplacé… alors il est entré dans une colère noire… et…


Des cris, des pleurs, des hurlements, de la jalousie, du sang, un amant ? Un complice ? Un meurtre ? Un crime passionnel ? Un innocent condamné à tort ? Un tueur toujours en liberté ? Une vengeance ? Je n’ai pas le droit de vous révéler tout ça.

Vous savez… J’en ai vu des choses…


Je vois tout. Je vous vois tous, et il me semble vous avoir demandé si vous pouviez me voir. Vous savez, vous pourriez me voir, mais vous ne me regardez pas assez, pourtant je suis une part de vous autant que vous êtes une part de moi.


Je suis cette villa luxueuse en bord de mer.


Je suis cette maison mitoyenne au cœur d'un vieux village.


Je suis ce chalet abandonné sur le flanc d'une montagne.


Je suis la chambre dans laquelle vous dormirez cette nuit.


Et désormais je vous invite à me regarder, à me voir et à penser à moi, car si vous les humains pouvez oublier, nous les murs on se souvient … pour toujours.


Un conte de Fatal.

Note de l'auteur : Il s'agit du tout premier conte que j'ai écrit, il a une valeur particulière pour moi.

 
 
 

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