top of page

Je m'appelle Léa - Botté X Fatal

  • kapcontes
  • 11 mai
  • 8 min de lecture

Il m’est arrivé quelque chose d’étrange aujourd’hui. En fait, ça a commencé cette nuit. J'ai fait un rêve dans lequel j'avais une conversation avec une entité invisible, comme si on me parlait depuis derrière un mur. Je ne me souviens pas du contenu de la conversation mais ce dont je me rappelle, c’est que l'ambiance était bizarre, comme si j'étais conscient que la situation n'était pas normale. Ok, un rêve bizarre ça arrive mais là j'étais totalement perdu. Il m'a fallu quelques minutes pour comprendre que je m'étais réveillé.

Et là, une voix m’a interpellé. Je pensais pourtant être seul dans ma chambre ! Je regarde en direction de la porte et rien... La voix insiste, alors je lui réponds que j’entends mais que je ne vois personne. Et j’ai fini par comprendre, aussi fou que ça puisse paraître, que cette voix venait de ma tête, une voix masculine et juvénile. Bon... Cette voix s'appelle Cédric Chamblond, il me dit qu'il a 19 ans et qu'il a besoin de mon aide pour "un truc".  Moi je ne suis pas un malade qui entend des voix, enfin je crois, je me suis dit que ça devait être une hallucination et je l’ai juste ignoré… Parce que oui, ça ne pouvait être que ça, une hallucination. Mais c’est quand-même difficile de faire abstraction d’un deuxième humain dans sa tête. Il m’a dit que si je l’aidais pour son “truc” il me laisserait tranquille, alors je l’ai écouté. Il m’a dit qu’il était mort dans son sommeil il y a quelques jours et qu’il avait besoin de comprendre ce qu’il s’était passé pour pouvoir reposer en paix. Qu'il a erré dans un monde étrange jusqu'à trouver une "sortie" et là, il est arrivé dans ma tête. Il fallait vraiment que ça tombe sur moi ce genre de chose… 

« Et comment je fais, moi, pour trouver comment tu es es mort ? Je ne te connais même pas ! Puis je n’y connais rien en spiritisme. » Il m'a juste répondu qu'avant toute chose, je devais aller voir sa sœur parce qu'elle devait probablement être sous le choc. Il voulait s'assurer qu'elle allait bien.

Il m'a dit que je la trouverai au "Centre Psychiatrique Saint-Edmond". Par chance, ce n’était pas très loin de chez moi, je pouvais m’y rendre à pied. Sur le chemin j'ai beaucoup “parlé” avec lui, c’était plus que perturbant parce que pour tous les gens dehors, je parlais tout seul, ils ont dû me prendre pour un fou, j’espère qu’ils se trompent. Cédric a toujours été proche de sa sœur, il m’a parlé de quelques problèmes dans sa famille, l’ambiance n’y était toujours pas des plus chaleureuses, de ce que j’ai compris. C’est ce climat difficile qui les a rapprochés.

Je me refusais toujours à y croire mais je n'avais pas le choix. Si je voulais enfin la paix, il fallait que je le fasse. Alors j'ai passé la porte de ce fameux "Centre Psychiatrique Saint-Edmond". Cédric m'a dit qu'à l'accueil je devais demander Léa Chamblond, chambre 044 de l'aile B de l'hôpital. J'arrive donc à l'accueil, ils ont bien une Léa Chamblond. Jusque-là ça pouvait encore être une grosse coïncidence mais quand l'infirmier m'a dit chambre 044 de l'aile B, je n'en croyais pas mes oreilles. Suis-je devenu omniscient ? Ou est-ce qu'il y a vraiment un gars mort qui a atterri dans mon cerveau par magie ? Dans les 2 cas, un asile de fou n’est pas le meilleur endroit pour en parler.

A ce moment-là, je suis terrorisé, déambulant dans les couloirs de cet hôpital… et pourtant j'avance comme si j'étais porté par cette mission désormais, et plus uniquement par l'envie de pouvoir dire adieu à Cédric et de retrouver une vie normale.

J'arrive à hauteur de la chambre 044 de l'aile B, je frappe trois fois : 

- Oui entrez

- Bonjour, tu es bien Léa Chamblond ?

- Oui, pourquoi ?

- Alors, Léa, je ne sais pas trop comment te dire... Je communique avec ton frère mort et il m'a demandé de venir te voir

Elle a d’abord eu l’air très surprise. Puis après quelques instants, une lueur d’incompréhension s’est emparée de son regard. Comme elle ne répondait pas, je me suis permis d’ajouter :

- Il a besoin de comprendre ce qu’il s’est passé.

Elle ne répondait toujours rien et... sur son visage l'incompréhension laissait place à la méfiance. J’ai même l’impression qu’à partir de ce moment elle ne faisait que fixer le vide comme pour se forcer à m’ignorer. 

- Écoute Léa je sais que c'est difficile à croire mais Cédric me parle, je ne sais pas comment, mais il me parle. Et il ne me laissera pas tranquille tant qu'on ne saura pas ce qui lui est arrivé. Si tu sais quoi que ce soit, dis-le-nous … moi ... enfin bref j'ai besoin moi aussi d'être débarrassé de cette situation. Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Si tu ne veux pas me répondre je peux peut-être parler à des amis, ou vos parents ? Oui ? pause Parle ! Réponds-moi, je veux savoir. Qu’est-ce que tu veux me dire ? Qu’est-ce qu’il s’est passé le jour de sa mort ? Vous étiez en bons termes ? Il avait des ennemis ? Une mauvaise note, une dispute peut-être, et avec vos parents ? ça se passait comment avec eux ?

- Stop ! Ca suffit !

- Mais j’ai besoin de comprendre ! Il doit sortir de ma tête !

- Non ! Va-t’en ! J’ai besoin d’être seule, j’attends des gens.

Face à ce mur, j’étais décontenancé. Je ne pouvais pas m’y résoudre, abandonner si facilement. Et pourtant, elle ne m’en laissait pas le choix. A contre-coeur, je me suis retrouvé dans le couloir à me diriger vers la sortie. J’ai demandé à Cédric s’il savait pourquoi elle s’était braquée comme ça, mais il ne me répondait plus… J’étais tellement dans mes pensées que j’ai évité de justesse un couple de quarantenaires qui traversait le couloir la tête basse.

Cette histoire me perturbe, je pensais trouver des réponses en venant ici, je ne me retrouve qu’avec encore plus de questions. Léa qui m’ignore, puis qui s’énerve quand je mentionne leurs parents. Elle m’a dit attendre de la visite… Mais de qui ? Cédric ne me répond toujours pas. Peut-être … qu’il a compris… enfin… Il m'est arrivé quelque chose d'étrange aujourd'hui.


Il m’est arrivé quelque chose d’étrange aujourd’hui. Un garçon, disant avoir la voix de Cédric dans sa tête, est venu me voir … Je m’appelle Léa et je suis en hôpital psychiatrique depuis la mort de mon frère. Mon frère, c’était toute ma vie. Je faisais tout avec lui. On allait en cours ensemble, rentrait ensemble, du hockey, des crêpes, de la musique ensemble. On passait tellement de temps. On ne se lâchait pas. Jamais l’un sans l’autre ou l’autre sans l’un. Il avait beau être certes plus grand que moi, 2 ans, 3 mois et 27 jours, on était des presque jumeaux. Nos parents n'aimaient pas trop ça, d’ailleurs. Ils me disaient souvent que je devais me faire des amis de mon âge, sortir de temps en temps, arrêter de toujours le suivre, “vivre par moi-même”. Mais moi, je m’en fichais. Ils ne comprenaient pas que Cédric, c’était tout pour moi.

J’ai eu peur tout à l’heure. Un gars est venu dans ma chambre, je ne l’avais jamais vu de ma vie. Il est arrivé, je n’ai pas tout de suite capté qui il était. Mais quand il m’a dit : « Je communique avec ton frère mort, et il m’a demandé de venir te voir », j’ai paniqué. Je n’ai pas su quoi répondre. Juste, je me suis figée. Pourquoi il me parle de Cédric ? Qu'est-ce qu'il fout dans ma chambre ? Puis, je me suis souvenue de ce que le docteur m’avait dit : que j’étais en état de choc, que ça pouvait m’arriver, et qu’il ne fallait surtout pas s’affoler, juste se concentrer sur ma respiration et attendre que l’hallucination passe. Parce que oui, ça ne pouvait être que ça, une hallucination. Mon frère, qui était toute ma vie. Juste mon cerveau, qui vient pallier le manque, finalement. Qui vient inventer je-ne-sais-quelle-histoire, comme si je ne voulais pas que Cédric soit tout à fait parti, qu’il soit là quelque part. Qu'il restait une part de lui, près de moi. Alors c’est ce que j’ai fait, je l’ai ignoré. Je me suis un peu fâchée, mais la vision est partie.

Mes parents doivent venir me voir bientôt aussi. Mes parents. Je déteste quand ils viennent. C’est toujours la même chose. Ils arrivent, affichant ce sourire de pitié, un peu effrayé même. Puis ils repartent, soulagés d’avoir fait leur corvée de la semaine. S’ils croient que je ne vois pas leur petit manège, qu’ils me câlinent moins, me regardent de moins en moins avec amour, de plus en plus avec peur. Comme si je ne savais pas ce qu’il s’était passé.

Depuis le départ en étude de Cédric, les disputes étaient de pire en pire. De plus en plus violentes, longues, bruyantes. C’était dur. Mes parents se sont toujours disputés, là n'est pas la question. Avec Cédric, quand on était gosses, on se réfugiait dans ma chambre, on allait sous ma couette, on se bouchait les oreilles et on chuchotait des choses à l'autre. Et le but c'était de se comprendre, malgré la couette, malgré les oreilles bouchées et malgré les parents qui criaient derrière. Franchement c'était gol-ri.

Seulement, Cédric est parti en études, me laissant seule, affronter les tempêtes. Mais, si ce n'était que ça. Avec le temps, avec la “maturité” comme il disait, Cédric a commencé à se mêler aux disputes, à prendre parti, et à crier lui aussi le plus fort pour qu'on l'entende. Il venait le WE, lancer sa bombe, la bonne remarque irritante et exécrable, certain de piquer à vif les parents et de faire exploser le peu de sérénité de cette maison. Puis repartait pour la semaine, trop content de me laisser avec des parents en furie. Trop content de fuir.

Un soir, un vendredi, je m’en souviendrai toute ma vie. Lors d’une dispute, plus violente, longue et bruyante que les autres, il a sorti qu’il détestait la famille, qu’il s’en fichait de nous, qu’on pourrait crever que ça l'arrangeait, et que, si c’était comme ça, il ne reviendrait plus jamais !

Comment pouvait-il dire ça ? A moi ?? Sa propre sœur, sa confidente, sa presque jumelle ! 

Et il continuait à crier, à vociférer, toujours plus fort. Il aurait dû savoir que c'était en chuchotant qu'on se comprenait le mieux.

Sans un mot, je me suis levée de table, me suis réfugiée dans ma chambre, sous ma couette, les mains sur les oreilles. 

Les cris se sont calmés, la maison s’est apaisée. J’ai tenté de me coucher, mais rien n’allait, je tournais, tournais dans mon lit. C’était infernal.

Je ne sais pas ce qu’il s’est passé ! J’ai voulu aller dehors pour me calmer, me rafraîchir avec la nuit. Au lieu de ça, en traversant le couloir, je me suis arrêtée devant la porte de Cédric. J’étais là, tremblante de fatigue, la main sur la poignée. L’instant d’après, j’étais dans sa chambre, il faisait noir, je ne distingais que sa forme dans la pénombre … Et là, je l’ai vu …


Il m’est arrivé quelque chose d’étrange, aujourd’hui. Un garçon, disant avoir la voix de Cédric dans sa tête, est venu me voir … Je m’appelle Léa, et je suis en hôpital psychiatrique depuis que j’ai tué mon frère.


Un conte de Botté et de Fatal.

Note d'auteur: le pitch nous vient du cerveau de Fatal, le processus d'écriture a duré 5 mois au cours desquels le texte a connu de nombreux changements. Vous pourrez y voir leur deux styles différents. Et pourtant, ils ont aimé cette collaboration parce que chacun a pu apporter à l'autre un peu de sa plume.

 
 
 

Posts récents

Voir tout
Yesterdayland pt.2 - Honey Lemon

Plus que d'entendre la musique, Aria la voit. Les notes sont pour elle teintées de couleurs éclatantes et parfumées d'arômes enivrants. Jusqu'au jour où ses couleurs disparaissent, et ce, au moment où

 
 
 
Chez Henriette - Chihiro

Charlie n'en peut plus. Chaque jour, elle travaille jusqu'à pas d'heure et prend le dernier bus pour rentrer chez elles. Dans ce bus presque vide, il n'y a qu'elle et une étrange dame toujours assise

 
 
 
L'oiseau bleu - Archie

Depuis que je suis très petite, il y a un endroit sur terre que j’aime plus que tous les autres. Un endroit où je me sens vivre plus fort. Cet endroit, tout le monde serait d’accord pour dire qu’il e

 
 
 

Commentaires


bottom of page