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Fable - Botté

  • kapcontes
  • 11 déc. 2025
  • 7 min de lecture

Dernière mise à jour : 14 déc. 2025


Oyez oyez, badauds, passants, amis du soir,

Nous voici réunis afin d’ouïr l’histoire

D’une amitié peu commune mais jolie

Unissant un écureuil et une souris.

Dame et monsieur sont l’un et l’autre dynamiques

Sauf que l’une est modéré, l’autre est énergique.

La souris vit au jour le jour sans se troubler

L’écureuil tente de prévoir, calculer.

Par exemple pour souper, l’écureuil s’agite

Pendant que la souris trouve non loin de son gîte.

Ou bien la souris qui se suffit d’une graine

Tandis que l’écureuil, stocke avec tant de peine.

Un jour, l’écureuil est débordé, assouvi,

La souris, vient donc en aide à son ami,

Elle accepte d’amasser, pour lui, des noisettes,

Qui, lui, toujours pareil, s’agite sans faire causette.

Ce dernier la noie de tant de directives

Il crie, brutalise, il veut qu’elle soit active.

La souris fût outrée, vit cela d’un mauvais œil,

Prit un bazooka et dégomma l’écureuil …




AAAAh ! Non, non, ça ne va pas ! Il n’y a rien qui va ! Les vers, nuls ! Figures de styles, nulles ! Morale, il y a vraiment besoin d’une morale ? Et puis ces histoires de pieds, de rimes embrassés, jetés, enroulés, noyés ! Et la diérèse, tu y as pensé à la diérèse ? Non, je n’y ai pas pensé à la diérèse, ça fait 13 pieds au lieu de 12 ! Raaah !


Bruno déchiquète rageusement la feuille qu’il avait mis tant de temps à remplir ! Cela fait maintenant 3 heures entières qu’il gaspille inutilement pour cette stupide fable !

Pourtant ça partait d’un bon fond ! 

Il y a 2 ans il avait commencé des études d’ingé. Quelle idée ! On a commencé à lui parler de nombres imaginaires, de fonctions, logarithmes … Les seuls trucs imaginaires qu’il connaissait bien, c’étaient les bonnes notes ! 

Alors, il s’est tourné vers la kiné ! Quelles belles études la kiné ! Allier la thérapie et le bien-être, quelle chic idée ! Mais l’exam de piscine ! Ça l’a tué ! Tout ce qu’il savait faire, c’était la moule sur le bord ou encore la brasse coulée ! Enfin, plus le « coulée » que la « brasse », mais vous avez compris l’idée ! Et l’anatomie, n’en parlons même pas …  

Après bien des argumentations plus tard avec ses parents, il a enfin réussi à les convaincre de se lancer dans sa passion : l’écriture ! Depuis cette année, c’est décidé, il devient écrivain à son propre compte !


Seulement, maintenant, tout est biaisé … Avant, c’était si facile d’écrire, un vrai plaisir quand c’est une fuite des études qui ne te plaisent pas ou d’une famille asphyxiante qui ne te comprend pas… Quand une passion devient un travail, même la plus passionnante des passions, quand ça devient une source de stress, d’angoisses, de performance, c’est horrible ! On lutte, on procrastine, on fuit !


Heureusement, il y a toujours des âmes charitables, ses fantômes du passé. Comme ce directeur, qui on ne sait pourquoi, s’est pris d’affection pour Bruno et a tenu à lui demander de réciter une fable pour une fête de l’école, moyennant un petit pécule. Ou encore, sa copine, Alexandra, qui a demandé à son père de lui faire un entretien pour sa grande entreprise …



Bruno tape rageusement sa tête contre la table, la relève en moins de deux, quel débile c’est pas possible ! Le voilà parti pour avoir une belle bosse. Il va être beau à son entretien, tiens ! Entretien ? (il se retape sur sa bosse). Il était 9h quand il a commencé à écrire, son train est à 12h12 et il lui faut 17 minutes pour aller jusqu’à la gare. S’il lui a fallu 3h pour écrire son torchon …. Bruno n’est pas fort en maths, mais ce genre de gymnastique, il a l’habitude. Il regarde sa montre 12h02, mince ! Pourquoi son tél n’a-t-il pas sonné ??? Il se lève d’un coup, oublie qu’il habite une chambre mansardée, se frappe la tête contre la poutre. 

Vite, il chope un pantalon, non pas celui-là, il est sale de 2 semaines. Il balance dans sa chambre toute sa pile de pantalons, c’est bon, il en a un potable. Il prend vite une chemise froissée, la veste, tire une cravate, coincée dans le placard, évidemment, essaye de défaire le nœud qui le retient à la porte de sa buanderie, pas le temps, il tire comme une brute. C’est bon, il est parti. Non, sa veste, il l’avait dans la main ! Il soulève ses draps, son sac, son placard, se retourne et … elle était sur la porte. Pas grave, il l’a prend, embrasse rapidement sa chambre d’un regard, il a tout, il s’en va.

Il court dans la rue, ses dents, il a oublié de brosser ses dents. Pas grave. Son déo, il l’a oublié sur l’évier. Pas grave. 


Il entend une sonnerie. Son téléphone, c’est Fred qui l’appelle. Fred, c’est son ami. Enfin, le copain intello, un peu gênant en société, horrible à la conversation, mais qui accepte de faire tes devoirs quand tu es dans le rush. C’est-à-dire quelqu’un de très utile pour Bruno. Pas le temps de répondre. Il refuse l’appel.

Il continue sa course folle. Contourne une petite dame qui prenait toute la place sur le trottoir. Il entend une 2e sonnerie, pas un appel cette fois, un sms. C’est Alexandra. « N’hésite pas arriver en avance surtout, mon papa est un peu psycho-rigide sur les bords » avec un petit smiley qui sourit pour dédramatiser la situation.


Les poumons en feu, Bruno arrive bientôt à la gare. Il doit faire le tour à cause de travaux. Arrive sur le quai. Le train n’est pas encore parti, c’est le moment du sprint final. Bruno s’élance, agrandit ses enjambées, souffle comme un bœuf … et ne voit pas le plot de chantier qui traîne au sol. Il se prend les pieds dedans et s’explose littéralement le genou sur le bitume. La douleur lui transperce le genou. Il entend malgré la douleur un bruit de sifflet. Il n’a pas le temps de se relever. Juste assez pour lever la tête, voir le train fermer ses portes et partir, tranquillement vers des horizons meilleurs.


Bruno, suant, bavant, recroquevillé au sol, prend le temps d’observer son genou. Il a une sale tronche ! Son pantalon s’est déchiré sous l’impact et une belle erraflure lui zèbre la chair. Le sang commence à poindre et à se déverser par gouttes sur le sol. S’il ne s’est pas fracturé la patella (rotule pour les ignorants, Bruno a fait kiné je rappelle) il s’est quand même bien amoché le genou. Bruno sent la panique l’envahir. Ses yeux commencent à lui picoter. Pourquoi est-il aussi nul ? Ce n’est pourtant pas compliqué de juste prendre un train ? Ses yeux s’embuent de larmes. Non non, il ne doit pas céder, il doit se battre, continuer, jusqu’au bout. Son genou est trop amoché, il doit faire une radio par précautions. Yes ! Il doit aller aux urgences ! C’est pafait ! Ca lui fait une excellente excuse pour rater son entretien !


Il regarde autour de lui. Mince, pas un chat, pas une âme charitable pour l’emmener à l’hôpital. Va dehors ? Pas de taxi. Regarde sur google maps, 36 minutes à pied. En vrai, ça le fait. Après 10 mètres à sautiller lamentablement comme une pingouin enceinte, il change d’avis, ça sera horrible. Mais bon, pas le choix, donc il continue en faisant la danse du pingouin enceinte. 


En chemin, une voiture s’arrête et propose à Bruno de l’amener à l’hôpital. Ha ha, je vous vois, tout de suite, avec vos petits yeux compatissants « oooh, enfin des bons samaritains ! ». Pire trajet de la vie de Bruno. Il se retrouve coincé entre 2 vieux rabougris du Vie siècle qui sentent le renfermé.

« -Mais dites-moi jeune homme, si vous êtes parti précipitamment, pourquoi n’avoir pas prévu une avance ? »

Bruno lui explique que c’est parce qu’il était plongé dans un travail d’écriture.

« - Ah, parce que vous êtes écrivain en plus. »

Bruno a passé un très mauvais moment.

Heureusement, les 2 vieux le déposent aux urgences. Il se débrouille pour traverser le parking et rejoindre la salle.

Une petite dame l’accueille. La chance semble lui sourire ! Il est enfin arrivé à destination, on va pouvoir s’occuper de lui, lui donner un anti-douleur, une excuse pour louper son entretien, un gros bandage pour impressionner Alexandra … il découvre la file d’attente.

Il a le choix entre s’assoir à côté d’une femme qui gémit toutes les secondes et un homme qui fixe le mur comme s’il voulait lui en coller une. Il choisit la femme qui gémit.

Au moment où il s’assoit il entend de son deuxième côté (pas de la femme, de l’autre) une voix, qu’il connaît : « Bah alors Bruno, qu’est-ce qui t’es arrivé, au moins je comprends mieux pourquoi tu n’as pas répondu à mon appel. » Fred. C’était Fred. 

Ainsi ont passé les 6h30 d’attente, sur une chaise en fer, entre une dame qui gémit toutes les secondes et un Fred qui monologue sur les espaces quantiques.


Bruno se souvint alors de ce début de fable qu’il avait griffonné quelques heures plus tôt.


Oyez oyez, badauds, passants, amis du soir,

Nous voici réunis afin d’ouïr l’histoire

D’une amitié peu commune mais jolie

Unissant un écureuil et une souris.

Dame et monsieur sont l’un et l’autre dynamiques

Sauf que l’une est modérée, l’autre est énergique.

La souris vit au jour le jour sans se troubler

L’écureuil tente de prévoir, calculer.

Un jour, l’écureuil est débordé, assouvi,

La souris, vient donc en aide à son ami,

Elle accepte d’amasser, pour lui, des noisettes.

Qui, lui, toujours pareil, s’agite sans faire causette.

Ce dernier la noie de tant de directives

Il crie, brutalise, il veut qu’elle soit active.

Chargé, il jeta ses noisettes dans le tas

Formant des étincelles, tout pris tel du bois. 

Il se tourna, prit un sot pour tuer ce feu,

Qui, en se retournant, ne s’attisa que mieux.

Il lança le contenu, qui était de l’huile.

La souris arrêta tout juste ce missile,

En le tirant par la patte vite dehors

C’est qu’il se débattait fort, en plus, ce butor.

Elle ne céda pas, l’attirant contre soi,

Il fût pris dans un câlin forcé qu’il accepta.

Cette étreinte ne pût arrêter ses tracas

Aidera peut-être mais, de sûr, les calma


 Ainsi se termine ma fable, les teu-teus

S’il ne faut retenir qu’un truc, ce sera que

Face à l’enchaînement de difficultés,

Se battre est inutile, il suffit de pleurer.


Un conte de Botté


 
 
 

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